FIRST OF ALL

Alors voilà : pour commencer, je vous fais don de cette petite fiction, et ainsi, rends hommage à une super copine qui m'a quasiment mis le couteau sous la gorge afin que je l'écrive ! lol ! De grands mercis et bisous à toi, ô Sharm' ! lol

Résumé : nous sommes en 2030, à Frisco. Deux savants allemands ont fait une découverte des plus surprenantes - et horrifiante. En effet, on arrive à déterminer la date de mort de chaque individu sur Terre... Matt, un jeune garçon de 17 ans, parviendra-t-il à stopper la course folle de la trotteuse pour sauver son amour ?

# Enviado el viernes 27 de junio de 2008 14:35

Modificado el lunes 14 de julio de 2008 13:57

PREMIERE PARTIE

PREMIERE PARTIE
MORTELLEMENT VÔTRE


En grommelant, je cherchai le bouton afin de couper le sifflet à cet idiot de réveil. Comme tous les matins, à force de tâtonner dans le noir, je le fis tomber par terre. M'empêtrant dans les draps, je parvins néanmoins à le faire taire et le reposai sur la table de nuit. Puis, m'asseyant péniblement sur mon séant, j'entrepris de me frotter les yeux, comme si je voulais par la même occasion éclaircir les idées encore embrumées de mon cerveau par l'heure matinale.
Soudain, je fus tout à fait conscient : la seule pensée que j'existasse encore venait de dissiper ma léthargie. En proie à une intense frénésie, je me mis à palper chaque centimètre carré de ma peau, comme pour m'assurer que je n'étais pas en train de rêver. Après un examen minutieux, je me détendis un peu, et écoutai mon c½ur tambouriner furieusement contre mes côtes, puis lentement, diminuer sa cadence.
Chaque matin, c'était le même scénario : je croyais toujours que la vie m'avait quitté, et je ne parvenais pas à surmonter la peur panique qui m'envahissait lorsque j'ouvrais les yeux. Il était en effet difficile de ne pas savoir quand sa misérable et insignifiante existence parviendrait à son terme, et c'était justement mon cas.
Je m'extirpai de mon lit et me dirigeai vers ma penderie, dont la porte était ornée d'un miroir. Celui-ci me renvoya l'image d'un garçon blond, les yeux bleus, de taille moyenne pour ses dix-sept ans. Je m'habillai en hâte et descendis les escaliers à la volée, jusqu'à la cuisine.
─ Bonjour, lançais-je d'un ton faussement jovial à ma mère, accoudée au comptoir et sirotant son café.
─ Bien dormi ? demanda-t-elle comme de coutume.
─ Oui, répondis-je tout en sortant une barre de céréales du placard. Je dois y aller, ajoutai-je. Je dors tellement bien que je manque d'être en retard tous les matins, grommelai-je pour moi-même.
─ Tu as reçu du courrier, m'annonça-t-elle en désignant deux enveloppes sur le comptoir.
Je leur jetai un coup d'½il rapide : la première était le résultat de mes analyses de sang de la semaine, et la deuxième enveloppe était estampillée d'un sceau qui ressemblait vaguement à une croix. Je ne pris même pas la peine de les lire, sachant d'avance le contenu de celle du laboratoire d'analyses et me dépêchai.
Je sortis et claquai la porte derrière moi, après avoir eu droit au traditionnel « Fais bien attention à toi ! » crié par ma mère. Je courus prendre mon vélo, rangé dans la remise. La brume matinale bien connue de San Francisco étendait ses longs doigts pâles sur les toits des maisons victoriennes du quartier de Haight-Ashbury, les enveloppant de son linceul frais et humide. Les bow-windows semblaient s'étendre à l'infini le long de la rue, reflétant les rares rayons qui essayaient de percer les nuages brumeux. Je descendis Haight Street, et arrivai en vue du Golden Gate Park. Le long de Fulton Street, je pédalai le nez en l'air, observant les rares habitants venus promener leur chien de si bon matin. Eux savaient... Ils savaient quand La Faucheuse surviendrait et les prendrait dans ses bras glacés, les emporterait dans ses limbes obscures...mais pas moi.
On ne savait toujours pas pourquoi mon organisme n'avait pas synthétisé la fameuse protéine lors de ma naissance ; et je devais régulièrement passer différents examens et prises de sang au cas où elle se serait formée. Mais rien, rien ne venait. J'étais condamné à rester dans l'indifférence, à vivre sans savoir quand ma vie s'arrêterait, dans une perpétuelle angoisse du lendemain.



Voilà, on va appeler ça l'incipit ! Si ça vous plaît, je mettrai la suite !

# Enviado el sábado 28 de junio de 2008 05:04

Modificado el lunes 14 de julio de 2008 13:58

DEUXIEME PARTIE

DEUXIEME PARTIE
Voici donc la suite de ma nouvelle... Si vous ne vous rappelez plus du début, allez, voir l'article intitulé "PREMIERE PARTIE" (je sais, c'est un titre extrêment original !) Bonne lecture, et à vos coms si ça vous plaît !

En effet, cela faisait pratiquement vingt ans maintenant que deux chercheurs allemands, Von Toten et Gemerlisch, avaient révolutionné la planète entière en mettant au jour l'une des plus grandes ─ et terrifiantes ─ découvertes de toute l'histoire de l'Homme : on savait désormais avec certitude déterminer la date de mort de chaque être humain sur cette Terre. Le procédé était relativement simple : une analyse de sang était faite sur l'échantillon habituellement prélevé sur tous les nouveau-nés : par l'étude d'une certaine séquence d'acides aminés, molécules constituant la protéine, on arrivait à décoder la date fatidique. Les deux savants eurent grand peine à préserver leur trouvaille des médias, qui se jetèrent dessus tels des pigeons affamés se précipitant sur des miettes de pain. L'affaire fit grand bruit, et la population terrienne dans son ensemble fut terrifiée. Des émeutes et des manifestations parfois sévèrement réprimées éclatèrent aux quatre coins du globe : la race humaine se souleva en masse pour protester contre cette découverte macabre. Une réunion rassemblant tous les chefs d'Etats eut lieu, et il fut décidé que la parole serait donnée au peuple. Un gigantesque référendum fut organisé, et le résultat fut pour le moins inattendu et déconcertant : par on ne savait quelle opération divine, l'avis de la population entière vira ; le projet de rendre l'affaire publique fut adopté à une majorité écrasante, et chaque être humain savait désormais précisément quand il devait mourir.
Qu'est-ce qui avait pu amener un tel revirement de situation ? On aurait pu croire que la race terrienne aurait souhaité continuer à vivre insouciante et dans l'ignorance de sa fin ! Mais non, on voulait savoir. Savoir quand son corps allait s'affaisser tel un château de cartes, connaître le moment exact où ses poumons se videraient de leur dernière bouffée d'air, comme deux ballons de baudruche crevés. Pourquoi ? Pour se rassurer, peut-être. Afin de profiter pleinement de son existence et d'attendre le moment fatidique avec sérénité, presque indifférence ; et les gens s'y sont en effet habitués avec le temps, réglant leur vie tel un agenda bien organisé.
J'arrivai au lycée dix minutes avant le début des cours, malgré mon départ tardif de la maison. Le lycée George Washington passait pour l'un des meilleurs de la ville. C'était un bâtiment blanc rectangulaire, comprenant en son centre un espace de verdure gigantesque, ainsi qu'une piste d'athlétisme. Je me dirigeai vers le parking à vélos et l'y accrochai. Je cherchai ensuite Ashley des yeux, mais ne la trouvai pas là où elle m'attendait habituellement, sous un énorme saule pleureur dont les ramures touchaient terre. Je me dirigeai vers l'arbre, et m'appuyai contre son tronc, pris d'une anxiété subite : pas une seule fois Ashley n'avait été en retard depuis les quatre mois que duraient notre relation. Je tentai de me rassurer en pensant qu'elle avait eu un contretemps dû aux transports.
Soudain, je la vis arriver, ses cheveux auburn voletant dans la brise marine matinale. Lorsqu'elle fut à quelques mètres de moi, je vis que quelque chose ne tournait pas rond : ses beaux yeux verts étaient noyés de larmes, ses habits enfilés à la hâte et de travers et sa chevelure d'ordinaire bien ordonnée était ébouriffée et emmêlée. Sa main droite agrippait ce qui ressemblait à un morceau de papier froissé. Dès qu'elle m'aperçut, elle courut dans ma direction et se jeta dans mes bras.
─ Oh, Matt ! parvint-elle à articuler de sa voix entrecoupée de bruyants sanglots, je croyais que je ne te reverrai jamais.
Elle enfouit sa tête dans le creux de mon épaule.
─ Que se passe-t-il ? lui murmurai-je à l'oreille en caressant les boucles rebelles de ses cheveux. Que t'est-il arrivé ?
Mes paroles eurent un tout autre effet que le sentiment de protection que je voulais lui offrir : elle se pendit à mon cou, me faisant vaciller et manquant de nous faire culbuter dans l'herbe. Elle serra ses bras autour de ma nuque, comme si elle voulait m'étouffer et se mit à crier, en proie à une véritable crise d'hystérie.
─ Non, je ne veux pas ! Je ne veux pas te quitter ! Je ne veux pas mourir !

Alors, à ce moment précis, je crus que le monde se dérobait sous mes pieds. Je tâchai de saisir le papier qu'elle tenait crispé dans sa main, mais son poing était étroitement serré dessus. Finalement, elle le lâcha d'elle-même et s'effondra à mes pieds. J'eus seulement le temps de soutenir sa tête afin d'éviter qu'elle ne se cognât par terre. Je l'allongeai sur le sol et lui tapotai les joues.
─ Je t'en prie, réveille-toi ! Réveille-toi ! suppliai-je.
Mes mains tremblaient et un flot de panique me submergea. Puis, elle ouvrit enfin les yeux, rougis à force d'avoir tant pleuré. Ses lèvres remuèrent doucement, comme pour m'adresser une supplique larmoyante. Ashley parvint tout de même à s'asseoir péniblement, puis refondit en larmes. Je ne savais que faire. Alors, d'un doigt tremblant, elle pointa le papier chiffonné tombé à terre. Je le ramassai et vis qu'il s'agissait en réalité d'une lettre, tournée en ces termes :


Mademoiselle O'CONNER Ashley,

Nous avons le désagréable devoir de vous rappeler que votre mort surviendra ce lundi 27 mai 2030, à 21h07 très précisément.

Nous vous rappelons également que cette date est irrévocable, et qu'il est par conséquent inutile de tenter toute action de soulèvement ou de réclamation contre le personnel de la BILE.

Veuillez recevoir, mademoiselle, l'expression de nos sincères salutations.

Miranda CLIFFERResponsable des registres mortuaires


Un gouffre semblait vouloir m'aspirer, m'attirait inexorablement à lui, dans une longue chute vertigineuse. A présent, mes mains ne tremblaient plus, mais c'étaient tous les membres de mon corps qui étaient secoués de spasmes nerveux et incontrôlables. Je relus la lettre, croyant à une macabre plaisanterie et cherchant le moindre indice susceptible de m'extirper de ce cauchemar éveillé. Mais le sceau de la BILE, une faux croisée avec une branche d'olivier, me narguait et semblait éclater d'un rire goguenard : ce petit dessin me rappelait vaguement quelque chose, mais je ne sus déterminer de quoi il s'agissait.
La BILE (la Banque Internationale pour la Longévité et l'Existence) était l'organisation mondiale qui gérait tous les dossiers des quelques huit milliards d'humains sur cette Terre. Véritable base de données, les employés s'occupaient de répertorier toutes les dates de mort découvertes lors des naissances et rappelaient au tout un chacun le moment précis de la fin de son existence par un courrier de même acabit que celui que je tenais entre les mains. Ce courrier était envoyé à l'intéressé la veille ou le jour de la date fatidique, et visait à informer les potentielles personnes qui seraient restées dans l'ignorance ─ certains parents refusant parfois de communiquer cette date à leurs enfants. Cette lettre était strictement nominative : un système de reconnaissance digitale permettait au seul destinataire d'ouvrir l'enveloppe.
Ashley était toujours assise dans l'herbe, l'air hagard et désorienté. Ses larmes avaient cessé de couler et séchaient maintenant sur ses joues. La lettre tomba de nouveau sur le sol, et je me laissai glisser près d'elle, les jambes flageolantes. La cloche du lycée retentit, appelant au début des cours. Le lycée, le bruit de la circulation dans la 32è avenue, ma famille ; tout me semblait lointain, inaccessible. J'étais dans un monde où je n'entendais plus, où je ne pouvais plus voir. Seule Ashley comptait, et sa détresse était la mienne, comme marquée au fer rouge sur ma poitrine.
─ Je ne veux pas mourir, murmura-t-elle d'une voix faible. Je veux rester auprès de toi.
─ Pourquoi ne me l'as-tu jamais dit ? dis-je à voix basse. Pourquoi m'avoir caché que tu n'en avais plus pour longtemps ?
─ Je ne voulais pas te faire de peine, répondit-elle, les yeux de nouveau brillants. Et puis, je ne pensais pas que notre idylle durerait ; je ne me souciais guère du futur, voulant profiter de tous les instants passés à tes côtés. Ma mère m'a prévenue quand j'avais dix ans, ajouta-t-elle, des larmes roulant maintenant sur ses joues. J'ai toujours considéré cette date comme un mauvais pas à franchir, mais rien de plus ; je me suis toujours dit que je l'aborderais sereinement. Mais à présent, j'ai peur ; je veux rester avec toi, finit-elle d'un ton suppliant.
Je ne répondis pas. Le seul être qui me restait ─ hormis ma mère ─ allait bientôt s'éteindre, comme des milliers d'autres. Elle savait, c'était écrit noir sur blanc ; moi je ne savais pas, et me plaignais de la peur que pouvait causer l'ignorance de sa date de mort. Cependant, en voyant mon amie anéantie et affolée par l'annonce de sa fin prochaine, je réalisai soudain combien j'étais chanceux de vivre au jour le jour : le spectacle d'Ashley éperdue montrait que l'on était beaucoup plus heureux en ne sachant pas quand notre âme quitterait notre enveloppe corporelle, la mort arrivait alors sans que l'on s'en doutât, on n'éprouvait aucune appréhension Elle m'avait fait prendre conscience qu'on ne vivait alors plus dans la perpétuelle peur du lendemain ; et surtout, je ressentis à partir de ce moment un affreux sentiment de culpabilité : jusqu'alors, seule ma petite personne avait importé, et je m'étais conduit comme un parfait égoïste en me morfondant sur mon sort. Les gens devaient mener une vie bien insouciante avant cette horrible découverte scientifique...

# Enviado el domingo 29 de junio de 2008 06:16

Modificado el martes 29 de julio de 2008 16:52

TROISIEME PARTIE (Titre aussi original que les précédents ! Je m'excuse platement auprès de mes lecteurs !)

Je me tournai vers Ashley. Elle avait toujours l'air hébété. Son joli visage était ravagé par la souffrance et le chagrin. Soudain, un éclair passa dans ses yeux, une lueur de défi.
─ Je ne vais pas me laisser abattre, dit-elle d'un ton féroce. Si cela doit se produire aujourd'hui, autant profiter de mes derniers instants... avec toi, acheva-t-elle.
─ Mais, et tes parents ? balbutiai-je.
─ J'ai montré la lettre à ma mère, et je suis sûre qu'elle comprendra.
Elle se leva promptement, et me tendis la main. Je la pris, mais à peine sur mes pieds, mes jambes refusèrent de me porter. Je me relevai de nouveau. Ashley m'attira contre elle, et me vrilla de ses yeux d'émeraudes liquides. Mes lèvres tremblaient, et j'avais peine à soutenir son regard brûlant, ces prunelles que bientôt je n'aurais plus le loisir de contempler...
─ Matt, murmura-t-elle, je voudrais profiter de cette dernière journée. Je ne peux pas aller contre ma mort, tu as lu la missive comme moi.
J'acquiesçai faiblement de la tête et l'enlaçai. Ashley se pencha vers moi, et nos lèvres s'effleurèrent. Son baiser devint passionné, mais gardait un goût de désespoir trop prononcé. Durant tout le temps que dura notre étreinte, sa main fourrageait dans mes cheveux, se promenait le long de mon visage, comme pour en imprimer les contours dans sa mémoire. Elle se pressait contre moi, comme si elle voulait se fondre dans mon corps. Jamais volupté et douleur n'avaient été si présentes dans un de nos baisers.Lorsque nous nous séparâmes, son regard était toujours animé de la même lueur, mais un voile de tristesse semblait obscurcir ses iris autrefois perçants et flamboyants ; il me semblait qu'elle s'éloignait un peu plus de moi à chaque instant, marchant vers un avenir douloureux et incertain. Passant un bras autour de ma nuque, elle me dirigea vers la sortie du lycée.
Le reste de la journée passa comme dans un rêve ─ ou plutôt, comme un cauchemar dont la fin violente et inexorable semblait programmée comme une bombe. Nous restâmes un bon moment à lézarder l'un aux bras de l'autre sur la pelouse du Golden Gate Park, à l'ombre d'un arbre dans lequel les rayons du soleil ─ qui avait enfin décidé de faire une apparition ─ jouaient avec les feuilles. Ashley, qui s'était assoupie dans mes bras, avait le visage parsemé des ombres de la ramure de l'arbre nous dominant. Le vent faisait doucement onduler ses cheveux, dont j'humais avec délice l'exquise fragrance. Je l'observai dans son sommeil ; il me semblait injuste qu'un être si tendre et aimant fût doté d'une existence si courte : dix-sept ans sur cette Terre était en effet bien piètre.
Je songeai, non sans amertume, à ce que je deviendrais une fois qu'Ashley me serait ôtée. La seule pensée qu'elle ne fût plus là m'était insurmontable, je ne pouvais envisager de vivre sans elle. J'essayai également d'imaginer ce qu'elle pouvait bien ressentir à l'annonce d'une nouvelle aussi macabre. Je me remémorai la scène de la matinée au lycée : elle était manifestement terrorisée. Car ne sachant pas comment sa mort arriverait, on devait certainement être angoissé à l'idée de penser que cette expérience pourrait s'avérer douloureuse. Que se passait-il au moment où le c½ur cesse de battre ? Quelle impression cela faisait-il de ne plus respirer ? S'en rendait-on compte ? Que pouvait-il bien y avoir après ? Toutes ces questions avaient de quoi faire dresser les cheveux sur le crâne, même les plus gominés.
Je regardai Ashley, comme si je voulais imprégner son image dans mon cerveau, comme si je la voyais pour la dernière fois. J'étendis la main et caressai sa joue du bout des doigts. Elle ouvrit les yeux, et tourna la tête vers moi. Sa bouche s'étira en un sourire radieux en me voyant.
─ Je suis déjà morte, c'est ça ? demanda-t-elle mollement. Je suis bien au Paradis ?Je ris, mais d'un rire jaune : la pauvre croyait que tout était fini, qu'elle avait enfin atteint l'au-delà. Je la pris dans mes bras.
─ Non, soufflai-je en posant mes lèvres sur son front. Je suis là, tout va bien.
Elle soupira et ses yeux se mouillèrent à nouveau de larmes ; appuyant sa tête contre mon épaule, elle dit :
─ Au moins, j'aurais été morte heureuse... Si seulement ça pouvait être si simple.
Je l'embrassai. La journée s'était passée dans une langueur extrême. Nous nous étions conté tous nos souvenirs, nous remémorant des moments de douceur partagés ensemble. En quelques heures, j'en savais également plus sur ma moitié que je n'en aurais su pendant une vie entière.
Nous nous levâmes. Je regardai nerveusement ma montre : il était 20h30. Ashley, qui s'était montrée enjouée durant sa dernière journée, commençait maintenant à se raidir. L'anxiété perçait sous son masque de sérénité qu'elle avait essayé de se constituer. Nous nous dirigeâmes vers la sortie du parc. Ashley désirait aller au Golden Gate Bridge ; je savais qu'elle adorait la vue qu'offrait ce pont. Nous prîmes le tramway qui nous déposerait juste devant le géant d'acier. Durant le trajet, Ashley resta tendue et ne pipa mot. Elle serrait sauvagement ma main, et ses yeux semblaient dire « Ne me quitte pas ! ». Je ne savais que faire pour tenter de la rassurer, et sa détresse m'affligeait profondément. Le voyage semblait s'étirer en longueur, et même le paysage verdoyant donnait l'impression d'être peint à la gouache mal étalée, comme si on avait appuyé sur la touche « ralenti » d'un magnétoscope. Le tram avançait trop lentement à mon goût ; je ne cessais de regarder l'heure, et fulminais intérieurement lorsque la rame s'arrêtait pour laisser monter ou descendre des passagers. Enfin, le tram arriva en vue du pont ; nous descendîmes. Ma montre indiquait 20h55.


Voilà la suite, bande d'impatients ! lol

# Enviado el jueves 03 de julio de 2008 05:43

Modificado el lunes 14 de julio de 2008 15:29

QUATRIEME PARTIE

QUATRIEME PARTIE
Les deux immenses piliers orange nous dominaient de toute leur hauteur, comme s'ils avaient voulu nous écraser. Nous parcourûmes quelques mètres sur le pont, sur la voie réservée aux piétons. Nous nous arrêtâmes juste avant le premier pylône ; il était 21h01. Nous nous accoudâmes au garde-fou, la main d'Ashley pressant toujours la mienne.
Le soleil était en train de descendre derrière la rangée de flèches des gratte-ciel de la ville ; l'astre diurne apparaissait ainsi morcelé par ces gigantesques fuseaux. Une poussière rose et or recouvrait tous les toits de la ville, baignant le paysage d'une aura presque irréelle. En contrebas, le ressac violent des vagues se brisant sur la jetée produisait une multitude de gouttelettes s'élevant dans l'air, véritable gerbe d'étincelles lorsque la lumière du soleil couchant les traversait. Tout San Francisco semblait s'embraser sous ces rayons divins, ce feu céleste dardant sa dorure sur les rues. Une forte brise marine faisait onduler l'eau de la baie. 21h05...
Je cessai presque de respirer, tournant la tête de droite à gauche et regardant de tous côtés, comme si je craignais une attaque soudaine. La main d'Ashley serrait la mienne à m'en broyer les articulations et devint moite. Bientôt, elle se détourna du panorama qui s'étalait sous ses yeux pour se pendre à mon cou, en gémissant. Je la serrai dans mes bras, comme pour me fondre en elle. Alarmé, je regardai ma montre : 21h06.
Tout se passa très vite. Le vent emporta le foulard d'Ashley et fut balloté dans les airs. Elle se détacha de moi pour le rattraper.
─ Ashley, reviens ! m'époumonai-je.
L'étoffe s'envola par-dessus le garde-fou, entre les câbles d'acier. Ashley, le nez en l'air, courut pour le rattraper ; elle sauta.
─ Non ! braillai-je.
Je courus comme un dératé jusqu'à la barrière. La scène ressembla alors à un film que l'on aurait passé au ralenti. J'entendis son cri d'effroi, je la vis qui avait déjà parcouru la moitié de la hauteur entre le pont et l'eau... Il était 21h07.
Le bruit du corps heurtant l'eau retentit jusqu'à mes oreilles. Déjà, j'enjambai la rambarde, voulant la suivre dans la mort ; mais des mains m'arrêtaient, m'empêchaient de la rejoindre : des badauds avaient assisté à la scène. Je me débattis avec rage, mais bientôt, je sombrai.
La lumière du jour m'aveugla ; battant des paupières, je parvins à accoutumer mes yeux au flot éblouissant venant de la fenêtre. J'étais chez moi, dans mon lit, et la journée semblait déjà bien entamée. Je repoussai les draps et me levai péniblement.
Soudain, je me souvins : la lettre, Ashley, le vent et... Je fermai les yeux, tant l'image était douloureuse. Je me sentais étrangement vide ; seul un énorme poids dans mon estomac me rappelait à l'horrible réalité. Je me levai et descendis d'un pas lourd à la cuisine. En guise de bonjour, je trouvai seulement un mot de ma mère, indiquant qu'elle était très affligée d'avoir appris la mort d'Ashley et me conseillant de ne pas faire n'importe quoi. Les deux lettres que je n'avais pas ouvertes la veille se trouvaient toujours sur le comptoir ; je ne leur accordai pas plus d'attention qu'hier.
Je remontai dans ma chambre, et entrepris de m'habiller ─ chose malaisée, car ma mollesse exagérée essaya de me faire mettre mon pantalon à l'envers. Je redescendis et sortis. Il devait être près de midi, car le soleil était haut dans le ciel. Des oiseaux gazouillaient dans les branches de la haie voisine, mais leur chant était à mes oreilles aussi agréable qu'un sifflement de bouilloire.


Voili voilou le moment tant attendu ! lol

# Enviado el sábado 05 de julio de 2008 11:00

Modificado el viernes 01 de agosto de 2008 08:07